L’agriculture n’est-elle qu’une question d’alimentation ? Cette interrogation nous a amené à aller rencontrer deux acteurs de la région Centre Val de Loire : Thierry Hanon, Directeur de l’association Bio Solidaire, qui s’occupe d’un jardin d’insertion et d’une entreprise d’insertion à Blois ; puis Jean Luc Birski, référent développement durable du Comité National de Liaison des Régies de Quartier (CNLRQ) qui nous a permis de mieux comprendre les enjeux de l’insertion par l’activité économique. Nous avons souhaité croiser leurs regards afin de comprendre en quoi l’agriculture peut toucher de nombreux sujets de société et notamment l’insertion par l’activité économique.

Ces jardins pas comme les autres

Partout en France, des jardins particuliers fleurissent, on les appelle Jardins de Cocagne. Leur spécificité vient du fait que des personnes en insertion viennent y cultiver des fruits et légumes en agriculture biologique. A l’issue des récoltes, chacun d’entre nous peut s’y rendre pour aller acheter son panier. Ce sont des structures qui favorisent les circuits courts locaux tout en favorisant le lien social. Le premier jardin est née en 1991 à Besançon et actuellement, la France en compte plus d’une centaine, avec plus de 400 points de collecte. Voici un schéma qui illustre le réseau Cocagne actuellement :

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L’agriculture comme outil d’insertion

L’association Bio Solidaires est née à Blois en 1993 et l’activité maraîchère en 1994 avec la création de paniers de légumes. C’est l’un des premiers jardins de Cocagne après celui créé à Besançon en 1991. le jardin représente 8 ha de cultures en plein air et sous serres. Thierry Hanon, le directeur de l’association nous explique que les jardins de Cocagne partagent les valeurs selon lesquelles l’insertion respecte l’Homme et que l’activité biologique respecte la Terre. C’est la raison pour laquelle les jardins sont nés avec l’idée de travailler le bio, « il ne peut pas en être autrement » d’après lui, « cela donne une pêche d’enfer ». Dans le mode de production dominant, le chimique remplace l’Homme. Il ajoute que « le travail de la terre a des vertus thérapeutiques dans la construction des personnes », ce qui en fait un bon outil d’insertion.

L’insertion par l’agriculture ne consiste pas seulement en l’apprentissage de gestes techniques pour retrouver une activité salariée mais cela permet aussi aux individus de prendre conscience qu’ils ont le pouvoir de reprendre possession de leur alimentation. C’est la raison pour laquelle il est possible de coupler cela avec un dispositif de formation “citoyenne” autour d’ateliers cuisine par exemple, comme nous l’a expliqué Jean-Luc Birski.

L’éducation à une alimentation de proximité, un enjeu d’insertion

La question de l’éducation à une alimentation saine et de proximité est un enjeu qui a sa place dans l’insertion par l’activité économique. L’agriculture est un thème qui nous touche tous quotidiennement et qui englobe de nombreux sujets tels que la santé, la précarité, les traditions, la pollution…

Les personnes éloignées de l’emploi sont “plus vulnérables face aux problématiques liées à l’alimentation” comme nous explique Jean-Luc Birski, référent développement durable du comité national de liaison des régies de quartier. Le CNLRQ a pour ambition de développer le volet éducatif pour montrer aux familles qu’il est possible de cuisiner des choses simples à reproduire chez soi “Participer à une activité de production agricole dans le cadre d’un parcours IAE peut donc être un facteur d’acculturation du public à ces enjeux. La mobilisation sur des activités connexes dans le cadre du dispositif d’accompagnement (ateliers de cuisine, participation à des temps de sensibilisation …), dans une démarche d’éducation populaire facilitant l’appropriation par tou(te)s des éléments de contenu, quel que soit le bagage culturel des un(e)s et des autres, est aussi un moyen d’accompagner le public accueilli, dans un parcours qui l’outille davantage pour faire librement les choix qui lui conviennent le mieux au regard de sa situation et de ses convictions.”

Le fait de faire de l’agriculture un outil d’insertion peut permettre aux individus de mieux appréhender l’importance d’une alimentation de proximité : “Ceci aidera pour agir pour soi (sa santé, la maîtrise de son budget, ses relations sociales …), mais contribuera aussi à l’amplification de la prise de conscience collective,  condition indispensable pour faire évoluer le paradigme agricole dominant dans le cadre d’un débat public renouvelé” explique Jean-Luc Birski.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver le projet “Si t’es jardin” sur le site du CNLRQ qui encourage la création de jardins solidaires au sein des régies de quartier.

regiedequartier-org                                                                                                                                                                                                                    ©CNLRQ

Le maraîchage biologique proposé par les jardins d’insertion est un support d’insertion permettant à des personnes éloignées de l’emploi de faire partie du développement économique de leur territoire par le biais de la production et de la commercialisation des récoltes tout en leur apportant un accompagnement vers une insertion durable. C’est aussi un excellent outil pour prendre conscience de l’importance d’une alimentation biologique et de proximité.

Vous pouvez vous rendre sur les sites du CNLRQ et de l’association Bio Solidaire pour en apprendre plus. Le prochain article sera écrit par Jean-Luc Birski, référent développement durable du CNLRQ.