Une nouvelle étape franchie

Vendredi 24 juin est à marquer d’une pierre blanche pour ces deux projets citoyens : tandis que la Gabare (Monnaie Locale Complémentaire en Touraine) dépassait ses objectifs de financement participatif en récoltant plus de 12 000€ afin d’imprimer ses billets, Ohé du Bateau signait l’acquisition de la salle mythique du Bateau Ivre pour 270 000€.

Après trois années d’efforts, le vent soufflait déjà dans le bon sens ces derniers temps pour la Gabare entre les nombreuses présences sur des événements, dans les médias locaux, la définition des modalités de gouvernance, le choix du nom de la monnaie et l’appel à participation pour en définir le graphisme. Loin de jouer le jeu d’une stratégie commerciale invasive, la campagne de financement a été menée sur le mode de la sobriété et du respect informationnel : pas de publicité ni de précipitation outre mesure, mais le bouche à oreille a joué son rôle pour atteindre l’objectif fixé. Une preuve s’il en est que la pertinence d’un projet porté par des citoyens et une implication constante d’un noyau dur bénévole suffisent en grande partie à la solidité de la démarche.

Coté Ohé du Bateau, c’est un rêve de plusieurs années qui passe une étape historique : l’achat du lieu. Malgré une collecte qui a permis de recueillir quasiment 400 000€ (dont 100K€ de la région) grâce à ses 1700 sociétaires (individuels ou personnes morales), la négociation s’avérait complexe. Mais l’intervention d’experts du bâtiment ainsi que les engagements financiers ont suffit à renverser le rapport de force : la SEMIVIT (propriétaire du lieu) a dû admettre la valeur réelle du lieu  ainsi que la pertinence du projet de reprise pour le territoire devant ce soutien citoyen sans précédent. C’est finalement avec soulagement pour les deux parties que la signature s’est faite, pour une valeur d’un tiers inférieur au prix d’achat du lieu il y a plusieurs années.

Un défi commun : maintenir le cap !

Après ces succès, accordons une pause aux bénévoles qui s’y impliquent mais sans se faire d’illusion : c’est sans moyens et grâce à une volonté inébranlable que ces deux projets sont parvenus jusque là, il leur faudra maintenir le niveau d’énergie nécessaire pour continuer à relever les défis qui les attendent.

D’un coté, mobiliser de nouveaux partenaires financiers pour assurer les travaux de réouverture, poursuivre l’entrée de nouveaux sociétaires et élargir le champ des bénévoles sera nécessaire pour Ohé du Bateau et il faudra encore un peu de patience pour profiter d’un concert au Bateau Ivre. De l’autre, il faudra que la Gabare mette en œuvre son plan d’action, continue à tisser un réseau de prestataires et réussisse à se lancer en septembre comme prévu ! Dans un cas comme dans l’autre, l’implication de chacun est plus que jamais bienvenue !

Au delà, l’augmentation de la communauté de ces initiatives augure d’un enjeu fort pour chacun : s’assurer d’un mode de gouvernance et des outils adaptés aux volontés affichées de fonctionnement collectif et citoyen. C’est un défi encore plus grand peut-être pour Ohé du Bateau avec ses 1700 sociétaires : comment assurer une place à chacun dans la gouvernance tout en restant efficace ? Si des moyens ont été mis sur l’expertise du bâtiment ou encore sur la partie statutaire de la future SCIC, car cela constituait des obligations légales, il leur faut désormais accepter que mettre des moyens équivalents sur l’outillage et la gouvernance en constitue un enjeu éthique. Qu’elles soient financées ou bénévoles, il faut de toute manière trouver ces compétences sur le territoire ou au delà. Nous pouvons très certainement faire confiance au collectif sur ce point, preuve a été faite de sa capacité à trouver les ressources sur le territoire dés que cela a été nécessaire !

Des victoires déjà utiles au territoire

Les chantiers semblent ne pas en finir vu de l’extérieur, mais les contributeurs y croient pourtant dur comme fer, en témoignent leurs financements citoyens et le vote de l’assemblée générale d’Ohé du Bateau pour l’achat malgré les nombreux travaux encore à prévoir. Peut-être savent-ils finalement que chaque effort les rapprochent de leur objectif ? Même s’ils devaient ne pas y parvenir (ce qui serait étonnant vu là où ils en sont), le chemin parcouru aura de toute manière augmenté les capacités de chacun à agir ensemble de plus en plus efficacement.

“Ta victoire est si vaine, qu’elle ne peut-qu’être belle !” ou encore “Rien que la beauté du geste te donne raison sur ce que tu détestes” avait chanté Mano Solo au Bateau Ivre . . .

Et si nous célébrions pour le moment l’exemplarité du parcours déjà effectué ? Alors pour l’immédiat : un grand bravo à ces deux initiatives !