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La campagne pour élire le nouveau conseil régional nous donne l’opportunité de proposer nos contributions au projet régional. En tant que réseau d’économie solidaire oeuvrant sur le territoire, nous nous investissons avec l’ensemble des acteurs (public, para public, mixte, privé lucratif et non lucratif) pour faire de notre région un territoire vivant, attractif, créatif et durable.

Nous constatons que les régions sont renforcées en tant qu’acteurs stratégiques et de proximité. Elles sont directement influencées par les réformes territoriales comme le processus de fusion, les regroupements en intercommunalités ou l’articulation européenne. Elles doivent affirmer de nouvelles responsabilités dans le développement culturel, territorial, économique et social. Les relations de coopération entre les collectivités et les acteurs du territoire doivent être tissées et renforcées pour élaborer une construction territoriale solidaire et pour favoriser des perspectives nouvelles et décloisonnées.

D’autre part, sur fond de crise climatique, sociale et environnementale, nous faisons le constat que le rêve d’une société de croissance infinie s’effondre. La planète dispose de ressources limitées et l’on ne peut persister dans une économie qui mise son efficacité sur leur exploitation. Les habitant(e)s des territoires aspirent à une société contributive dont ils seraient acteurs et actrices. Ils ne peuvent plus adhérer à des choix politiques qui les maintiennent dans des postures de consommateurs.

Nous, acteurs de l’économie solidaire, mettons notre énergie au service d’un futur désirable que nous esquissons quotidiennement. Cet avenir se construit collectivement dans la diversité des approches et vise la soutenabilité des communautés et des territoires, le développement humain durable et l’expansion du bien être collectif.

Pour la Région Centre Val de Loire, il s’agit de penser et de faire émerger aujourd’hui des solutions viables et pérennes aux difficultés que traversent nos territoires. Partout, des acteurs expérimentent des solutions, qu’ils soient citoyens, associations, collectivités ou entreprises.


Économie Solidaire et Coopération

Au sein du Cré-sol, nous promouvons depuis plus de dix ans l’Économie Solidaire et ses acteurs sur le territoire régional. Nous visons le développement d’une économie qui assure à chacun une réelle citoyenneté économique, à travers des modes d’organisation et des usages qui renforcent le pouvoir d’agir de chacun et l’action collective. Nous nous sommes toujours refusés à limiter notre mission à des statuts définis et accompagnons donc tous ceux qui développent des solutions nouvelles à travers des actes concrets. Associations, mutuelles et coopératives y trouvent naturellement leur place, mais nous soutenons également les groupes citoyens et les entreprises aux statuts classiques dont les pratiques correspondent aux principes de l’Économie Solidaire.

La loi sur l’Economie Sociale et Solidaire nous a donné raison sur ce point, en affirmant la place de l’ESS dans l’économie Française et en la consacrant comme un mode d’entreprendre. Au delà, la loi intègre dans ce secteur les entreprises classiques qui adoptent des pratiques allant dans le sens des valeurs de l’ESS, sous certaines conditions.

Nous nous autorisons donc aujourd’hui à utiliser le terme d’Economie Sociale et Solidaire, tout en ayant conscience que les acteurs historiques de l’ESS n’ont toujours pas d’obligation de justifier de leurs pratiques réelles pour s’en réclamer. Au delà de l’ESS, notre mission entre en résonance avec d’autres pensées économiques, comme celle des (Biens) Communs, mis en lumière par le prix nobel d’économie 2009, Elinor Ostrom.

Nous croyons que les territoires ne pourront résister aux crises actuelles et à venir que s’ils sont construits collectivement. Nous défendons donc l’idée de la coopération comme unique mode de relation durable entre acteurs. Cette innovation sociale, organisationnelle et territoriale se vit déjà quotidiennement.

Les Pôles Territoriaux de Coopération Economique, reconnus par la loi ESS, se proposent d’institutionnaliser, de rendre plus lisibles ces dynamiques et permettent d’analyser les impacts réels de politiques de coopération territoriales. Ils associent entreprises, citoyens, collectivités, chercheurs et structures de l’ESS en vue de co-construire leur territoire autour d’une thématique donnée.

Nous invitons les responsables politiques régionaux à penser aujourd’hui la région durable de demain. Les propositions ci-après ouvrent des possibles.

Le Cré-sol

Le Centre réseau d’économie solidaire (Cré-sol) est un réseau qui regroupe structures et citoyens actifs dans le domaine de l’économie solidaire. Le Cré-sol facilite, accompagne, défend, relie et outille ceux qui se placent au service de l’humain dans son environnement.

Nos 13 propositions pour la région Centre Val de Loire

Volet 1 : Renouveler l’action publique

1.Repenser le rôle des responsables politiques
Les collectivités territoriales apparaissent comme des acteurs privilégiés pour impulser de nouvelles dynamiques de circuits économiques locaux innovants et coopérants. Les postures des décideurs sont appelées à évoluer pour s’approprier un rôle nouveau : celui d’animateur qui accompagne des prises de décisions collectives.

2. Co-construire l’action publique
Pour une action publique pensée au plus près des réalités, il est nécessaire de créer plus de passerelles et de porosité entre des univers encore trop souvent cloisonnés. Les complémentarités en actes des compétences et des expertises des élus et techniciens des collectivités, des citoyens, des entreprises, des associations, des chercheurs doivent pouvoir produire beaucoup plus fréquemment l’intelligence collective dont nos territoires ont besoin pour relever les défis auxquels ils sont confrontés.

3. Stimuler l’innovation publique
L’action de la région doit s’adapter aux réalités actuelles : en imaginant des services co-conçus par ses usagers au sein d’espaces de dialogue. Au delà, il faut tendre vers des services publics transversaux et décloisonnés, plus en phase avec les réalités de terrain et plus agiles face aux changements rapides de notre société. Notre région est membre de la « 27ème région », laboratoire d’innovation publique. Cette adhésion devrait donner lieu une participation concrète et effective aux programmes de cette structure. .
Les innovations publiques locales doivent également être identifiées, soutenues, nourries d’expériences extra-régionales et essaimées tout en leur reconnaissant le droit à l’expérimentation.

4. Favoriser un numérique ouvert et libre
L’appropriation des usages du numérique et de ses enjeux est un des défis de l’administration de demain. Le numérique présente un fort potentiel d’innovation : pour le placer au service des citoyens, la région doit s’attacher à préférer l’usage d’outils numériques libres et émancipateurs. Au delà, l’ensemble des contenus produits ou financés par la région doivent être placés sous des licences qui permettent leur libre réutilisation (photos, études,…).

Volet 2 : Soutenir la co-construction de territoires durables

5. Outiller et former à la coopération
Si l’accompagnement au statut coopératif est pris en compte régionalement, la capacité des acteurs à mener, animer, outiller et donc pérenniser les projets collectifs n’est toujours pas posée. La région se doit d’encourager la formation et l’accompagnement des acteurs aux outils et usages collaboratifs, notamment l’animation participative et coopérative est un pré-requis à tout projet collectif durable. Le numérique est également un atout pour des territoires co-produits. Il infuse aujourd’hui toutes les sphères de la société tant d’un point de vue des outils que des pratiques associées (décloisonnement, travail collaboratif, organisations distribués,…). Il faut donc accompagner l’appropriation du numérique et de ses usages au service de la coopération et de la contribution de tous à la construction de la société. La région doit soutenir la montée en compétence des acteurs sur le sujet, en particulier dans le cadre de projets collectifs.

6. Promouvoir les Communs de la connaissance
Le partage de connaissances est un pré-requis à toute coopération. Il s’agit de permettre le passage de postures de compétition à des postures de construction du territoire en commun. Les Communs de la connaissance permettent d’accélérer les processus d’innovation : les connaissances produites par un acteur peuvent être réutilisées, améliorées et réutilisées par d’autres. La région doit favoriser le développement de ces connaissances partagées afin de permettre le développement de processus d’innovation ouverts. Le Conseil Régional pourrait conduire la mise en place d’une observation participative, partagée et permanente qui serait utilisable par tous et participerait à nourrir une culture commune et à éclairer des choix stratégiques collectifs.

7. Élargir les outils régionaux d’innovation sociale
Au delà des seuls appels à projets, les politiques et les stratégies régionales en matière de transferts de pratiques solidaires et d’Innovation Sociale doivent s’enrichir des outils suivants : études et recherche, définition et caractérisation, capitalisation d’innovations sociales, sensibilisation et formation, dispositifs d’accompagnement et de financement diversifiés.

8. Développer les coopérations entre acteurs pluriels
La région pourrait accompagner les projets de coopération pluri-acteurs en particulier lorsqu’ils sont de nature différente. Les Pôles Territoriaux de Coopération Économiques constituent une possibilité de financement conjoint de tels projets entre Région et État. En revanche, le soutien régional aux projets collectifs ne doit pas se limiter à ce cadre et un fond dédié à leur émergence serait un facilitateur.

Volet 3 : Favoriser le développement de l’ESS

9. S’engager pour un territoire durable
La région doit s’engager dans une politique volontariste de soutien aux initiatives d’économie soutenable, notamment : le développement de l’habitat participatif, gage d’un mieux vivre ensemble et de relations inter-générationnelles ; la production citoyenne d’énergies renouvelables ; le développement de monnaies locales ; la préservation de terres pour les dédier à un usage agricole ; l’installation de nouveaux agriculteurs au service de circuits courts.

10. Améliorer l’accessibilité des fonds de soutien à l’ESS
L’accessibilité des aides à l’ESS reste problématique en particulier pour les petites structures du fait de leur faible capacité de trésorerie. En développant un fond de soutien à la trésorerie et pensant les modalités de versement au regard de cette réalité, la région en faciliterait l’accès. Au delà, des conventionnements pluriannuels doivent être rendus possible en cohérence avec la stratégie régionale pour permettre la construction de projets à moyen et long terme.

11. Co-construire les politiques régionales de l’ESS
Les stratégies régionales liées à l’ESS doivent être co-construites et intégrer de nouveaux indicateurs qui prennent en compte les spécificités du secteur. Les conférences régionales définies dans l’article 8 de la loi ESS pourraient être un lieu de mise en résonance des programmes d’actions des acteurs avec les orientations stratégiques de la Région. Les instances de concertations transversales sont aussi des espaces à ouvrir aux acteurs de l’ESS.

12. Construire une expertise régionale de l’ESS
Le Conseil Régional peut rejoindre le Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire (RTES) afin de s’ouvrir à l’échanges d’expériences et de connaissances avec d’autres territoires. Des formations existent sur le thème « ESS et collectivités » et pourraient être intégrées au cycle de formation des élus et des techniciens des collectivités. Les acteurs de l’ESS et les collectivités doivent monter en compétence ensemble pour agir plus efficacement et collectivement.

13. Initier des démarches de recherche action
Le Conseil Régional pourrait lancer la mise en oeuvre de démarches de recherche action territorialisée et partagée entre les acteurs de l’ESS et les pouvoirs publics. Il pourrait s’appuyer sur les bassins de vie pour valoriser les initiatives, leurs démarches ainsi que leurs valeurs ajoutées.