Interview de Pierre et Marianne Girard de la Menuiserie Girard à Menetou Salon dans le Cher.

P1030116Quelle est votre activité ?

Pierre : Menuisier depuis 1986
Marianne : femme d’artisan, (comptabilité , gestion, suivie de projet, communication, etc….) mais aussi céramiste de formation et réalise des enduits terre crue.

Vous sentez-vous proche des problématiques de consommation ou production responsable ?

Oui, dans la pratique quotidienne de mon métier.

Comment intégrez-vous ces questions dans votre activité quotidienne ?

Nous sommes venus tout naturellement à la construction écologique en se défaisant petit à petit d’une pratique conventionnelle ( issus de la fabrication industrielle) pour aller vers des techniques de fabrication inspirées du savoir faire traditionnel.

Aujourd’hui, nous avons mis en place une filière courte pour s’approvisionner en bois. Pour cela je vais directement en forêt et avec l’aide du garde forestier pour choisir les arbres. Ces arbres sont ensuite débités par une scierie mobile qui vient travailler chez nous. Puis ils faut entreposer correctement le bois scié pour le séchage qui prend entre 5 et 10 ans.

Cette démarche permet de recréer un tissu relationnel entre les différentes professions du bois : du technicien des forêts au transformateur en passant par les propriétaires de bois et par les scieries. Cela permet de développer un nouveau marché certes marginal comparé au commande des grandes entreprises mais qui correspond à des besoins et demandes locales. Le regroupement de petites entreprises artisanales et de propriétaires de forêt permettraient de retrouver un fonctionnement viable en proximité.

Cette démarche pose un problème financier. Il faut un fort investissement de départ (achat des grumes, honoraires de la scierie, temps et lieu de stockage….) ce qui peut être bloquant pour les petits artisans. Des aides devraient être pensées pour les artisans qui souhaitent entrer dans cette démarche.

Qui sont vos clients ? L’aspect local et écologique est-il important pour eux ?

Nos clients sont des particuliers qui portent un intérêt à notre façon de travailler. Le côté local et écoconstruction est un argument supplémentaire.. Certains propriétaires de maisons anciennes, demandent que les travaux soient fait dans le respect des traditions du bâti ancien. Pour eux mais aussi pour les propriétaires de maisons contemporaines l’utilisation du bois local est logique.

Nos carnets de commandes sont pleins. A cela plusieurs facteurs : une carence de menuisiers, beaucoup sont des installateurs et non des fabricants et une demande réelle d’un travail de qualité, d’un rapport humain de confiance….Le bouche à oreille fonctionne très bien.

Avez-vous toujours été dans l’écoconstruction ? si oui pourquoi ce choix ? si non pourquoi avoir changé ?

En 97, l’entreprise a connu une période de crise qui m’a remis en question et m’a poussé à recentrer mon activité. Je suis partie en formation « menuiserie ancienne » ce qui m’a donné un nouvel élan et une plus grande connaissance du métier.. J’ai également suivi une formation sur les produits de finition écologique à l’éco-centre du Périgord. Marianne a pris alors en main la gestion et comptabilité et a construis un lien avec l’extérieur, association, instance, etc…

Faites-vous partie d’un ou plusieurs réseaux ? si oui lesquels et pourquoi ?

Nous sommes membre du RÉSEAU écobatir depuis quelques années déjà , ce réseau est un lieu de rencontre et d’échanges, un lieu de débat de fond et de forme très exigent et enrichissant.
Nous sommes également membres de l’association Maison Paysanne de France ainsi que de la CAPEB (Confédération des Artisans et Petites Entreprises du Bâtiment) ou nous essayons de faire changer les choses de l’intérieur.

Votre activité va-t-elle évoluer ? avez-vous d’autres projets ?

Nous sommes en phase de mutation. Nous avons fait appel à un membre de l’association Minga « pour une économie équitable » afin de nous accompagner dans un projet d’évolution vers une entreprise collective. Ce projet se monte actuellement avec 3 autres personnes : une ébéniste,un menuisier qui sort d’une formation pour adultes et mon ancien apprenti.
Nous voulons rompre avec le schéma pyramidal : patron/employé, et même plus largement architecte, maître d’œuvre, artisan, ouvrier… nous pensons que cette organisation est improductive, qu’elle déresponsabilise….. Nous étudions d’autres modes d’organisation, avec plus de mutualisation, concertation, etc.
Toute au long de ma carrière j’ai formé de nombreux apprentis et je voudrais continuer à transmettre les bases de mon métier, sachant qu’elles ne sont plus vraiment enseignées.
Le but et également de pérenniser l’entreprise, et peut être faire école…

Nous sommes reconnus par certaines instances comme les chambres des métiers et même par notre commune, ce qui est un atout non négligeable pour mettre en place de futurs projets comme par exemple monter un genre d’atelier de recherche d’une vraie menuiserie d’artisan. Pour ce faire nous avons monté une association , la gare , qui pourras porter ce projet et d’autres…

Autre chose ?

Nous défendons également la notion d’«intensité sociale » qui se mesure sur la quantité de travail humain utilisé dans la fabrication d’un objet. Par exemple une fenêtre fabriquée artisanalement a plus d’intensité sociale qu’une fenêtre industrielle fabriqué majoritairement par des machines. La part de l’humain est essentielle.

Aller voir : journal d’un menuisier de campagne : http://reseau-ecobatir.org/St-Romain/articles/temoignage-dun-menuisier.html