Restitution de l’atelier « Culture à la Campagne » : quand initiative citoyenne et culture locale donnent vie au territoire.

Atelier Culture2 - WEBAnimation : David Bompard (Manifesto !)

Prise de note et rapporteur : Grégoire Pateau (Fraca-MA)

Intervenants par ordre de prise de parole :

Sophie Métadier (Maire de Beaulieu-lès-Loches et administratrice de l’association NACEL…) : exemple d’implication d’une collectivité dans un projet de vie culturelle locale en milieu rural.
Guillaume Guintrand (artiste plasticien, association Itinéa, galerie associative…) : illustration concrète de la mise en œuvre d’un projet culturel local en milieu rural.
Marie Serperau (accueil de concert Mazik O Village, Mille lectures, Compagnie du Coin…) : témoignage citoyen d’accueil d’événements culturels chez l’habitant.

INTRODUCTION

A travers partages d’expériences et spontanéité, cet atelier a pour but la mise en valeur d’initiatives citoyennes dans le secteur culturel, initiatives complémentaires de l’action publique voire parfois susceptibles de prendre le pas sur elles.

TEMOIGNAGES

· Sophie Métadier (Maire de Beaulieu-lès-Loches et administratrice de l’association NACEL…)

Beaulieu-lès-Loches est une commune rurale de 1800 habitants. Elle fait partie de l’agglomération lochoise qui, elle, en compte 11000. Elle dispose d’un beau patrimoine naturel et bâti.

Pour Sophie Métadier, la vision et l’existence d’un projet culturel sur un territoire rural dépend bien sûr de la volonté des élus mais surtout de l’implication des habitants.

En termes de culture, la municipalité de Beaulieu-lès-Loches propose de la programmation directe, du soutien aux associations locales (festivals, scènes ouvertes, projets ponctuels d’expositions, lectures, concerts…) et aux projets d’artistes eux-mêmes

Enfin, elle fait partie de l’association NACEL, au cœur du sujet de cet atelier. En effet, NACEL est une association regroupant des communes, des associations et des adhérents individuels. Elle organise des veillées culturelles (concerts, théâtre, danses, arts plastiques, marionnettes, contes…) ayant lieu dans les 11 communes adhérentes ainsi qu’un festival jeune public : Côté Jardin.

L’association propose également un soutien en ingénierie et de l’accompagnement pour les festivals du territoire et les communes qui souhaitent y organiser des événements culturels.

Enfin, NACEL est structure relais d’un PACT (aides aux projets culturels de territoire par la Région Centre) et centralise les demandes de subventions pour l’ensemble de ses adhérents.

Cette association constitue un bel exemple d’organisation collective associative pour animer un territoire et accompagner les initiatives. Elle est également un outil utile pour avoir une programmation culturelle à la fois diversifiée, concertée et coordonnée sur un territoire (elle passe notamment pour cela par une « charte de programmation », en prenant en compte un certain nombre de critères quand aux artistes qu’elle propose à ses adhérents : qualité, diversité, origine géographique…

· Guillaume Guintrand (artiste plasticien, association Itinéa, galerie associative…) témoigne de son installation en tant qu’artiste plasticien (à la base) en centre Bretagne (dans un village de 307 habitants).

Il constitue un exemple d’implantation dans un lieu atypique (une Abbaye cistercienne) d’un lieu de vie et de travail d’artiste petit à petit également devenu lieu d’exposition, de programmation artistique, puis de rencontre, entre artistes, entre artistes et public, entre artistes et population locale. Il a en effet tout d’abord aménagé une galerie associative au sein de son lieu, puis y a fait venir exposer des anciens « camarades de route » associatifs et artistiques d’un peu partout en France voire à l’étranger.

Ce projet prend de plus en plus d’envergure, avec une programmation annuelle (de mars à octobre) qui s’est diversifiée (arts visuels, de la parole…) et s’appuyant de plus en plus sur le réseau local, son souhait étant avant tout non pas de faire de la « culture pour », mais de la « culture ensemble ». Cela passe par l’implication de la population locale au sein des projets (par exemple, rassembler photos, anecdotes, contes et en faire une exposition, ou encore, la mise en place de partenariats avec des artisans locaux…) pour aller vers une rencontre avec l’art contemporain dans son ensemble (et briser une certaine forme d’appréhension ou d’élitisme).

Pour Guillaume Guintrand, cette « logique de partage, de coopération, est devenue une évidence, y compris pour la culture. Il faut rompre les distances : la culture n’est pas inaccessible ! Les œuvres sont faites pour être vues, touchées, partagées. Il est donc nécessaire de s’inscrire dans ce process inévitable d’aller à la rencontre de l’autre ».

· Marie Serperau (accueil de concert Mazik O Village, Mille lectures, Compagnie du Coin…)

Il s’agit là d’un témoignage citoyen stricto sensu d’une habitante à la base ni artiste ni organisatrice de spectacle qui a accueilli chez elle à plusieurs reprises un spectacle chez l’habitant :
– un concert, dans le cadre de Mazik au village (des concerts chez l’habitant organisés une fois par mois par l’association Bocal Mazik, investissant des salons, des granges, des hangars… Un prix d’entrée à 6 € + boisson ou nourriture à partager)
– une lecture dans le cadre de 1000 lectures d’hiver (projet organisé par la Région Centre).
Ces deux expériences se sont conclues à chaque fois par un temps convivial (pot, repas) et beaucoup d’échanges voire de débats.

Marie Serperau s’est lancée dans ces initiatives alors qu’elle venait tout juste de s’installer dans son village. Cela lui a clairement permis de rencontrer son voisinage, de s’intégrer et créer des liens différents avec des personnes qu’elle côtoie tous les jours. Puis elle s’est elle-même lancée avec d’autres dans l’organisation d’un événement : Du mou et des notes (manifestation gratuite avec l’appui de la collectivité, autour du vin et de la musique : promenade dans les vignes ponctuée d’interventions de musiciens et comédiens, suivie d’un concert/repas le soir). La dernière édition fut l’occasion de monter une chorale avec la population locale, accompagnée par une chanteuse professionnelle. Il s’agit donc bien d’un nouvel exemple d’une implication directe des habitants dans un projet culturel de territoire et générant beaucoup de liens.

REACTIONS // DEBATS

Plusieurs témoignages concernant des projets assez similaires sont présentés par des participants à l’atelier. Pour tous, même si c’est difficile et qu’il faut trouver des astuces pour aller chercher, impliquer le public, la culture doit exister et se développer aussi en milieu rural.

– En quoi les projets présentés sont innovants : “le plus”

A chaque fois, le fait artistique est prétexte à la rencontre. Au travers notamment de l’implication directe des habitants, ces événements et initiatives culturels permettent la création ou le renouvellement de lien social, voire plus loin de coopérations. Et ces coopérations peuvent par la suite se recréer spontanément à d’autres occasions, hors du champ culturel. De plus, une organisation commune permet d’éviter de se retrouver avec des événements « concurrents », sans négliger la satisfaction de voir des gens de l’extérieur s’intéresser à son territoire pour autre chose que des visites patrimoniales plus habituelles.

– Ces projets sont ils reproductibles et à quelles conditions ?

Il ne faut pas se mettre de barrière, c’est beaucoup une question de volonté. Il ne faut pas cependant négliger la grande implication bénévole que cela demande souvent (d’autant que des financements publics demeurent difficiles à mobiliser). Il faut également intégrer à sa réflexion l’idée de l’éducation au sens large des habitants/citoyens, ainsi que la logique de rompre l’isolement de certains.

– Quels freins pour une mise en œuvre ou le développement de projets similaires en Indre-et-Loire ?

A priori aucuns… Ces initiatives reposent le plus souvent sur un juste équilibre entre des acteurs publics concernés (parfois cela repose sur la volonté personnel, voire l’existence d’élus à la culture), des initiatives privées, individuelles et citoyennes et l’implication d’acteurs culturels moteurs (associations, artistes…).

Les problématiques légales : si l’on accueille une soirée publique dans un lieu privé, cela entraîne-t-il des contraintes particulières, notamment en termes d’assurances ? Non. On se base sur la responsabilité civile « classique ». La donne ne change que si l’on positionne son lieu officiellement comme lieu de diffusion. Auquel cas il est régit par les même principe que tout lieu publique ou « Etablissement Recevant du Publique » et nécessitant des habilitation particulières.

En revanche, les questions de rémunération des artistes peuvent entrer en ligne de compte. Légalement, toute représentation ou prestation artistique s’inscrit dans le cadre du droit du travail et se doit d’être rémunérée (du moins lorsque l’artiste se positionne en tant que professionnel). Il existe cependant certains aménagements quant à la pratique en amateur. Ces questions renvoient directement à un débat vieux de plus de 15 ans autour de la problématique amateurs/professionnels que l’on ne développera pas plus ici.

CONCLUSION

Cette volonté de créer du lien via des événements culturels n’évoque-t-elle pas un retour à des modèles d’entraide, disparus suite à l’évolution des modes de production dans les campagnes ? N’est-elle pas tributaire d’une volonté de retrouver d’anciens modes de coopération en milieu rural, remis à jour en fonction du profil social des habitants d’aujourd’hui (de moins en moins de paysans). Pourrait-on parler de coopérations villageoises ?